Pour vivre heureux, mieux vaut aimer les longs hivers enneigés

C’est ce que confirme le dernier rapport sur le bonheur dans le monde, « World Happiness Report », rédigé, à la demande des Nations unies, par les économistes John Helliwell, Richard Layard et Jeffrey Sachs. Dans ce classement établi à partir de sondages Gallup effectués entre 2015 et 2017 dans 156 pays et auprès de plus de 150 000 personnes, la Finlande arrive en tête, avec une note de bien-être ressenti par ses habitants de 7,63 sur 10. La Norvège (7,59) est deuxième et le Danemark (7,55), troisième. Complété par l’Islande (4e), la Suisse (5e), les Pays-Bas (6e), le Canada (7e), la Nouvelle-Zélande (8e), la Suède (9e) et l’Australie (10e), le top 10 du bonheur sur terre fait la part belle aux petits pays (sept sur dix ont moins de 10 millions d’habitants). Parmi les nations peuplées de plus de 50 millions d’habitants, c’est en Allemagne (15e) qu’on se dit le plus heureux. Suivent les Etats-Unis (18e), le Royaume-Uni (19e) et la France (23e), une place finalement assez honorable pour un pays censé être totalement déprimé, qui devance le Mexique (24e) et le Brésil (28e). Arrivée au 47e rang, l’Italie précède les grands pays d’Asie : Japon (54e), Chine (86e), Indonésie (91e) et Inde (133e).

Meik Wiking, directeur général de l’institut danois de recherche sur le bonheur, affirme que « le secret du bonheur nordique repose d’abord sur la capacité des citoyens à faire face au malheur ». Sans vouloir négliger cette explication philosophique et remettre en question l’héroïsme moral scandinave, il convient de noter, plus prosaïquement, que les pays où les gens se sentent plus heureux qu’ailleurs disposent de niveaux de vie parmi les plus élevés au monde. Ce qui aide grandement à voir la vie sous un jour meilleur, même quand les nuits sont interminables.

De façon générale, et à l’encontre des thèses décroissantes, c’est bien la richesse par habitant, plus que tous les autres critères passés en revue par les auteurs du rapport (espérance de vie en bonne santé, soutien social, corruption, libertés…), qui détermine le niveau de bien-être des citoyens. Le PIB par habitant dans les dix pays les plus heureux du monde y est en moyenne trente fois plus élevé que dans le groupe des dix pays où le bonheur ressenti est le plus faible, et dans lequel on retrouve le Burundi, le Soudan du Sud, la Tanzanie, Haïti. Plus on est pauvre, plus on se sent malheureux, plus on est riche, plus on se sent heureux.

On notera au passage, avec un certain amusement, que le Bhoutan, célébré dans les milieux altermondialistes pour s’être fixé un objectif de croissance du Bonheur national brut (BNB), à la place de celle du PIB, jugé bassement matérialiste, n’obtient qu’une très médiocre 97e place dans le classement mondial du bien-être, juste devant la Somalie (98e), le Venezuela (102e) et les Territoires palestiniens (104e).

Les rédacteurs du « World Happiness Report » consacrent un chapitre inédit à l’immigration, en s’intéressant au bonheur ressenti par les 244 millions d’immigrés dans le monde. Fait notable : dans le top 10 des pays où le sentiment de bien-être général est le plus haut, la part de la population immigrée (23 millions sur 116,5 millions) y est six fois plus grande que la moyenne mondiale (19,7 % contre 3,3 %). Ce qui démontre, n’en déplaise à Marine Le Pen, que l’immigration n’est pas source de mal-être pour les autochtones. Surtout, les trois économistes arrivent à cette conclusion aussi étonnante que rassurante : la concordance quasi parfaite entre le bonheur ressenti par les immigrés dans leur pays d’accueil et celui des personnes nées localement, avec un écart de notes limité à seulement 0,1 point sur 10. Mieux, parmi les onze pays où les immigrés se sentent le plus heureux, dix appartiennent au groupe de pays où le bonheur de la population dans son ensemble est le plus élevé. Et on retrouve les trois mêmes sur le podium : la Finlande, la Norvège et le Danemark. De fait, il apparaît que le niveau de bien-être des immigrés a tendance à se rapprocher rapidement de celui des habitants « de souche », seule subsistant une différence provenant de ce que les économistes appellent « l’empreinte » du pays d’origine. Autrement dit, un immigré originaire d’Afrique qui s’installe en Norvège va vite se sentir presque aussi heureux qu’un Norvégien dont la famille est présente dans le pays depuis des siècles. L’intégration, c’est d’abord le partage du bien-être.

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