Les combattants de l’arrière-garde

Comme il doit être décevant, ce printemps, pour les nostalgiques des luttes d’antan. L’époque, par exemple, où la puissante CGT faisait trembler les gouvernements. Ah, ce fameux « troisième tour social »… Depuis un an, on l’attend encore. Nul ne sait combien de temps va durer le conflit à la SNCF, mais la capitulation de l’exécutif paraît de moins en moins probable. Et les étudiants ? Le 50e anniversaire de Mai 68 a sans doute enivré certains, mais le souffle n’y est pas. Les zadistes de l’université provoquent des dégâts matériels… avec des effectifs plutôt réduits. Il n’est pas certain que leur révolte marque les mémoires, en dehors de la programmation de réunions « non mixtes » où seuls les « racisés » sont admis. On retiendra qu’en France, en 2018, certains trouvent normal de sélectionner à l’entrée d’une salle selon le critère de la couleur de peau. Cela s’appelle du racisme. On aurait préféré s’en tenir au folklore zadisto-nuitdeboutiste qui présidait jusqu’alors à ces blocages… Les rééditions des grèves de 1995 ou de Mai 68 ne s’annoncent donc pas à la hauteur de leurs modèles. Faut-il en déduire pour autant que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Sûrement pas. Car il est des angoisses moins bruyantes et plus justifiées, comme celles décrites par l’économiste britannique Guy Standing, auteur il y a sept ans déjà de ce livre remarqué : « Le précariat, les dangers d’une nouvelle classe ». Cette multitude silencieuse, confrontée aux changements provoqués par la mondialisation et surtout par les ruptures technologiques, ne voit peut-être pas son salut dans la préservation du statut des cheminots. Elle ne voit sans doute pas non plus d’issue crédible dans le galimatias servi par une poignée d’étudiants activistes dont l’objectif prioritaire n’est pas forcément de travailler. Selon Lénine, « seul un parti guidé par une théorie d’avant-garde peut remplir le rôle de combattant d’avant-garde ». Or nos insurgés d’aujourd’hui ressemblent fort à une arrière-garde .

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