Les dix années avant 2008 crise

C’est avant la crise que certains des facteurs actuels de vulnérabilité économique ont vu le jour. Le graphique suit la croissance réelle de l’économie mondiale depuis 1980, ainsi que les contributions des pays avancés et des pays émergents et des pays en développement. Après la crise asiatique (1997–98) et l’éclatement de la bulle « dotcom» (2000–01), la croissance des pays émergents et des pays en développement s’est accélérée notablement, tandis que les pays avancés, même s’ils ont rebondi, ont connu une croissance inférieure aux niveaux antérieurs.

Deux choses sautent aux yeux. Premièrement, la croissance des pays avancés a été généralement orientée à la baisse depuis le milieu de la première décennie 2000. Ce fléchissement à long terme tient au vieillissement de la population active et au ralentissement de la croissance de la productivité, qui coïncident avec une baisse du dynamisme économique et une hausse de la concentration des marchés. Il est à noter que les taux de croissance à plus long terme qui sont prévus par les PEM pour les pays avancés sont inférieurs aux niveaux actuels.

Croissance du PIB réel, par groupe de pays
Croissance du PIB réel, par groupe de pays

Deuxièmement, le début du nouveau millénaire a amené une accélération de la croissance dans les pays émergents et les pays en développement qui a résolument placé ces derniers devant les pays avancés en termes de croissance. L’expansion rapide de l’économie chinoise explique en partie, mais certainement pas en totalité, ce découplage, parce que ces tendances subsistent même après avoir déduit la contribution algébrique de la croissance de la Chine (ainsi que de l’Inde, en fait). L’accélération de la croissance est une conséquence robuste du renforcement des cadres d’action dans beaucoup de pays émergents et de pays en développement, y compris leur ouverture au commerce. Parce qu’il tient aussi au poids accru de ces pays à croissance rapide dans l’économie mondiale, leur avantage notable par rapport aux pays avancés en termes de croissance persistera probablement, à moins que les pays avancés puissent résoudre leurs problèmes économiques structurels. La crise asiatique et l’éclatement de la bulle « dotcom », ainsi que des événements intermédiaires comme le sauvetage forcé de Long-Term Capital Management (LTCM) en 1998, qui a évité une éventuelle crise du système financier, illustrent précisément comment la fragilité des bilans et la bulle des prix des actifs peuvent mettre à mal des établissements financiers et des économies entières. En 1998, dans son allocution prononcée en hommage à Henry L. Stimson à l’université Yale, Alexandre Lamfalussy évoquait de manière visionnaire les turbulences sur les marchés américains qui ont suivi la défaillance de la Russie cette année- là : « Si de tels événements peuvent se produire dans le marché modèle du monde, quelle valeur pratique y a-t-il à recommander que les pays émergents copient ce modèle ? »

Bon nombre de pays émergents et de pays en développement ont tiré les enseignements de ces crises et ont agi en conséquence, par exemple en optant pour un ciblage de l’inflation, en adoptant des régimes de change plus flexibles et en appliquant des politiques macroprudentielles : il vaut la peine de se souvenir de ces enseignements aujourd’hui. Cependant, les pays avancés ont été plus complaisants, considérant souvent les crises financières comme des problèmes auxquels seuls les pays émergents et les pays en développement étaient exposés, même si plusieurs accidents évités de justesse, parmi lesquels LTCM, indiquent le contraire. Le résultat, ce fut la crise financière mondiale, qui mit fin à l’expansion mondiale du milieu de la décennie. De manière générale, les pays émergents et les pays en développement ont bien surmonté cette crise, étant donné sa gravité, et ont continué d’enregistrer une croissance plus rapide que pendant les années 80 et 90.

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