Des habitants à croquer !

L’artiste Christine Boulanger a réalisé les portraits de cinq riverains du quartier de la Plaine. Le résultat sera dévoilé au public samedi.

ELLE A UN SACRÉ coup de crayon. Ou plutôt un sacré doigté. Car ses portraits, la dessinatrice Christine Boulanger les réalise sur une tablette numérique. En décembre dernier, elle est contactée par le bailleur ICF la Sablière pour décliner son projet « Visages d’en faces » : elle s’est rendue dans une résidence du 87-91 de la rue Pleyel, dans le quartier de la Plaine à Saint-Denis, pour y réaliser des portraits dessinés d’habitants. Ceux-ci seront exposés en grand format samedi à l’académie Fratellini, pour la 3e édition de Mon quartier c’est la Plaine*, avec au programme de nombreux ateliers sur les grands projets du secteur. « L’idée, c’était d’apporter une visibilité à certaines personnes que l’on croise sans forcément avoir l’occasion de les connaître », relate Christine Boulanger. Elle est donc allée frapper à la porte d’Akim, Marie-Claire, Iklef, Ryad et Sikou (lire ci-dessous). « Je leur ai demandé de me regarder dans les yeux car la première chose que je dessine, c’est le regard. Pour moi,

c’est l’hameçon qui invite ensuite à raconter une histoire », relate Christine Boulanger. Chaque portrait dessiné s’accompagne d’un récit de vie. La série de dessins est aussi accrochée en permanence dans la loge du gardien de leur résidence. « Les gens se découvrent différemment. Ça enrichit le quotidien de savoir ce que fait son voisin et cela participe à créer du lien social. Les relations sont plus fluides, chacun est plus attentif à l’autre », estime Christine Boulanger.

L’artiste mène actuellement un projet identique à Noisy-le-Sec, avec cette fois dix portraits à la clé. A la fin de certains entretiens, l’émotion est forte. « L’un des participants m’a dit : Merci de vous intéresser à nous. On m’a aussi rapporté la réaction d’une femme voilée : Je ne savais pas que j’étais aussi belle. Cela m’a beaucoup émue.

sourit le garçonde 11 ans. Grâce aux autres portraits, Akim a pu découvrir
sourit le garçonde 11 ans. Grâce aux autres portraits, Akim a pu découvrir

Ça fait bizarre de se voir dessiné AKIM, 11 ANS. Il est encore au collège mais parle déjà avec l’assurance d’un adulte. Son portrait, il le trouve très réussi. « Même si cela fait bizarre de se voir dessiné », sourit le garçon de 11 ans. Grâce aux autres portraits, Akim a pu découvrir « des personnes [qu’il n’avait] jamais vues auparavant. C’est important de connaître son voisinage ». Et aussi de faire tomber les préjugés. « Marie-Claire (NDLR : sa voisine), tout le monde disait qu’elle était méchante. Alors je l’ai cru aussi. Quand on perchait (sic) un ballon dans un arbre, elle disait toujours : Non n’y allez pas ! Mais quand j’ai lu son portrait, je me suis rendu compte que c’était une bonne personne. Maintenant, quand je la croise, je lui dis bonjour et je prends de ses nouvelles.

Je suis la criarde de l’immeuble MARIE-CLAIRE, 67 ANS. Elle a un sacré caractère. Elle est la première à monter au front quand l’ascenseur ou le chauffage tombe en panne, toujours la première à remonter les bretelles aux enfants qui chahutent de trop au pied de l’immeuble. « Je suis la criarde de l’immeuble. Les gens me disent parfois : Si tu ne nous avais pas parlé, on ne l’aurait pas fait parce que tu n’avais pas l’air aimable ! », raconte la jeune retraitée. Son portrait dessiné dévoile pourtant une femme généreuse. « Les enfants ont changé leur regard sur moi.

Je suis la criarde de l’immeuble MARIE-CLAIRE, 67 ANS.
Je suis la criarde de l’immeuble MARIE-CLAIRE, 67 ANS.

Ils me disent bonjour madame. Je peux râler mais, cinq minutes après, les voisins peuvent venir me demander quelque chose. Quand je me mêle de quelque chose dans la vie de la résidence, c’est pour le bien de tout le monde .

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