Venantino VENANTINI AU PARADIS DES FLINGUEURS !

C’est l’agence italienne ANSA qui a annoncé la triste nou-velle : Venantino Venantini s’est éteint mardi dernier à l’âge de 88 ans. Il aura tourné dans plus de cent cinquante films, des deux côtés des Alpes, dirigé par des pointures du septième art, comme Ettore Scola, Édouard Molinaro ou encore Claude Lelouch, mais pour la plupart d’entre nous, ce comédien restera l’homme d’un seul long-métrage, le chef-d’oeuvre de Georges Lautner, sorti en 1963, Les ton-tonsflingueurs. Dernier survivant d’un casting cinq étoiles, le beau gosse italien y était irré-sistible dans la peau d’un élégant porte-flingue mettant son savoir-faire, ou plutôt son savoir-tuer, au service d’un gangster, incarné par le robuste Lino Ventura, tiré de sa retraite par l’agonie de son ami le «Mexicain» (joué par Jacques Dumesnil), dont il doit régler la complexe succession.

Tueur à gages
Et pourtant, dans son autobiographie, parue en 2015 chez Michel Lafon, dont le titre, Venantino Venantini, le dernier des Tontons flingueurs, souligne, s’il en était besoin, l’importance qu’a pu avoir ce clas-sique du cinéma français dans sa carrière, l’acteur avouait n’avoir accepté le rôle de sa vie qu’à contrecoeur. Depuis la fin des années 50, embauché à Cinecittà grâce à son physique de gravure de mode, ce comé-dien un tantinet dilettante enfile de temps à autre la toge et brandit le glaive pour aller jouer les gladiateurs ou les centurions dans des péplums tels que Ben-Hur ou Quo vadis. Et une fois rentré à la maison, sûr de pouvoir payer son loyer, notre homme s’adonne à sa véritable passion : la peinture. Alors l’idée de s’exiler ne l’enchante guère. Et comme il fait son difficile, son agent se fâche tout rouge et lui fait la leçon, comme à un gosse mal élevé : «Tu n’es pas Marlon Brando, non? Alors va à Paris et ne discute pas ! » Après s’être pris une telle soufflante, l’acteur finit par obtempérer, en traînant les pieds. D’autant plus que le tombeur de ces dames n’a jamais entendu parler de Georges Lautner, n’est guère inspiré par le titre et ne semble pas non plus avoir un goût prononcé pour les polars. La preuve? Lorsqu’il arrive pour la première fois, presque à reculons, sur le plateau de tour-nage, et découvre un accessoire essentiel au scénario, Venantino s’exclame, avec l’accent irrésistible de celui qui n’a pas encore maîtrisé la langue de Molière : « Ma, quezquecè, ouné flingue?» Bonne question du comédien pour qui l’emploi de tueur à gages était vraiment un rôle de composition ! Et pourtant il en verra des revolvers et des pistolets pendant les semaines passées aux côtés de Lino Ventura, Bernard Blier, Jean Lefebvre ou encore Francis Blanche!

Dialogues ciselés
Les dialogues ciselés par un maître en la matière, Michel Audiard au meil-leur de sa forme, lui offriront même une scène d’anthologie où son personnage (Pascal) explique à Lino Ventura (Fernand Naudin) : «A l’affût sous les arbres, ils auraient eu leur chance, seulement, de nos jours, il y a de moins en moins de techniciens pour le combat à pied. L’esprit fantassin n’existe plus, c’est un tort.» Avec ses célèbres partenaires, l’entente fut d’emblée cordiale et festive. Dans le petit restaurant où l’équipe avait ses habi-tudes, lui et Lino, les deux « Ritals» de la joyeuse bande, se mettaient souvent aux fourneaux à l’heure du déjeuner. Quoique tous resteront à jamais pour lui des «potes», hélas partis depuis au paradis des tontons flingués par l’existence, il est un réalisateur que ce tournage lui aura appris à connaître et même à aimer : Georges Lautner. « Il avait une voix douce, posée, et il expliquait tout, racontait Venantino. II avait aussi une présence charismatique. J’ai tout de suite senti que cet homme était passionné par son métier.» Au point qu’il avouait ne s’être jamais vraiment remis de la perte du réalisateur qui le fit tourner encore quatre fois, disparu en 2013 : « Il était mon ami, mon frère, mon père, mon fils». Ironie du sort, comme pour boucler la boucle d’une carrière bien remplie, cet artiste qui se voyait jouer du pinceau plutôt que devant les caméras, aura eu pour der-nier rôle celui de Léonard de Vinci, dans un épisode de la série L’art du crime, diffusé en 2017 sur France 2. L’occasion pour Venantino de se payer une ultime toile…

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