A(ne pas )VOIR Visite à travers les yeux de Bart Deweer

Un choix responsable ?
Bart Deweer : Le Stedelijk Museum d’Amster-dam propose, en général, un programme très solide. J’y ai déjà visité plusieurs expositions remarquables. Il arrive que des artistes de la Deweer Gallery y exposent. J’ai, par exemple, découvert en 2012 des oeuvres de l’artiste américain Matthew Lutz-Kinoy dans l’exposi-tion collective Beyond Imagination. Son travail oscille entre danse, installations sculpturales, vidéo et peinture. Elle est radicalement expres-sive et personnelle. En 2013, il y eut la superbe présentation en solo Communitas de l’artiste néerlandais Arnout Mik. La Deweer Gallery est l’une des premières galeries à avoir expo-sé ses oeuvres dans les années 1990. Je garde également un bon souvenir d’une autre expo-sition, L’oasis de Matisse, présentée en 2015. On y présentait des dizaines de toiles multico-lores du fauviste français aux côtés d’oeuvres de ses maîtres, de contemporains et disciples ultérieurs. La série intitulée Stedelijk Contem-poraries, dans laquelle des artistes présentent leurs oeuvres de début de carrière, souvent aux côtés de nouvelles productions et/ou achats récents, est aussi très intéressante. J’y ai vu par exemple, en 2016, une exposition solo de l’artiste américaine Avery Singer. Je suis son travail depuis quelques années. Elle crée des tableaux spatialement captivants, avec des personnages et objets abstraits. À noter, son emploi de la grisaille, appliquée au Moyen-Âge et à la Renaissance pour représenter des sculp-tures dans les tableaux. Il y avait, au même moment, une exposition de l’artiste canadien Jon Rafman. Ses vidéos amusantes et ses installations vous propulsent dans une autre dimension, comme dans un univers d’avatars et autres subcultures en ligne, comme la com-munauté virtuelle Second Life. Je ne désirais manquer sous aucun prétexte l’exposition de Günther Fôrg (1952-2013). C’est l’un des ar-tistes les plus influents de la scène artistique allemande de l’après-guerre. Attirée par son oeuvre unique et désarmante, la Deweer Galle-ry l’a déjà exposé dans les années 1990 et pré-sente en ce moment sa quatrième exposition en solo. Nous mettons en lumière sa contribu-tion à la peinture et au dessin, des années 1990 au début du XXIe siècle.

Quelle oeuvre emporterais-je ?
La série de tableaux sur plomb que Günther Fôrg réalisa en 1991.ll était très préoccupé par le potentiel de ce support et l’influence de la matière sur la couleur. Ses oeuvres en plomb sont très rares. Le métal est corrodé. Ici et là, on voit des traces d’oxydation. La manière dont il étudie l’essence des couleurs, en plaçant cou-leurs vives et ternes côte à côte, est magistrale. Il est intéressant de voir comme il a peint cer-taines parties du plomb avec des formes géo-métriques, tout en laissant d’autres parties intactes. Leur Installation au Stedelijk Museum est idéale. L’espace environnant étant crucial pour l’artiste, il a inscrit l’environnement archi-tectural dans la présentation de son oeuvre.

Seul ou accompagné ?
Je n’ai vu que cette exposition. Je préfère être seul, parce que je me concentre davantage et décide de mon propre rythme. J’y vais par-fois accompagné. Il est agréable de pouvoir échanger des idées pendant ou après une ex-position, par exemple au café du musée. Il ne faut pas toujours être du même avis, les visions contraires ajoutent du piment.

C'est l'exposition la plus impressionnante de Günther Fôrg que j'aie jamais vue.
C’est l’exposition la plus impressionnante de Günther Fôrg que j’aie jamais vue.

Le jeu en valait-il la chandelle ?
C’est l’exposition la plus impressionnante de Günther Fôrg que j’aie jamais vue. Il accorde de l’importance à la création d’une Gesamt-kunstwerk (oeuvre d’art totale), en réunissant toutes les disciplines artistiques, de la pein-ture et du dessin à la sculpture, à la photo-graphie et à l’architecture. Günther Fürg. A Fragile Beauty met en lumières tous ces re-gistres avec des oeuvres de qualité. Chaque salle est aménagée comme une installation en soi, une mise en scène qui reflète les idées de l’artiste sur la présentation de son oeuvre. J’ai, par exemple, été impressionné par l’ins-tallation de la série Villa Malaparte qui se

compose de photographies architecturales et monumentales des fenêtres de la villa. En utilisant du verre réfléchissant, l’artiste fait entrer le visiteur dans son oeuvre. La série se trouve au-dessus d’une peinture murale pré-sentant deux bleus différents. Cette installa-tion constitue un clin d’oeil à l’exposition de cette oeuvre au Wiener Secession, en 1991. La splendeur de l’oeuvre de Günther Fôrg mérite cet hommage que le Stedelijk Museum lui rend avec brio ! .

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