Brésil. Pourquoi l’extrême droite a séduit les électeurs

Le succès de Jair Bolsonaro au premier tour de la présidentielle, le 7 octobre, rebat les cartes au sein du paysage politique brésilien.

Jair Bolsonaro, dont l’avance ne s’est jamais démentie dans les sondages, remporte une victoire notable – et avec lui la jeune droite brésilienne – avec sa qualifcation pour le second tour. La volonté de ses partisans de remporter l’élection dès le premier tour ne peut être vue d’un mauvais oeil : c’était l’issue la plus vraisemblable.

L’invraisemblable, pour beaucoup, jusqu’à l’année dernière, c’était que Bolsonaro caracole en tête des intentions de vote du début à la fn de la campagne comme il l’a fait, et qu’il parvienne au second tour en représentant d’une force de droite telle que le Brésil n’en avait sans doute plus vu depuis Carlos Larceda [1914-1977, écrivain et homme politique de droite ].

Dans le camp adverse [celui du PT, Parti des travailleurs], la qualifcation pour le second tour a un goût de survie plus que de victoire pour Fernando Haddad, candidat sans envergure nationale, privé de soutien à l’intérieur de son parti, et traînant comme un fardeau son désastreux mandat à la mairie de São Paulo. Cette deuxième phase de la campagne qui s’ouvre a ceci de particulier que le Brésil va enfn voir s’afronter des projets politiques et des visions idéologiques opposés. La droite va se mesurer cette fois à une gauche qui, jusqu’aux dernières élections, était seule à briguer la présidence dans un éternel duel entre le PT et le PSDB [Parti de la socialdémocratie,de centre droit]. De fait, Bolsonaro et Haddad incarnent deux projets radicalement divergents pour le Brésil. S’il est élu, Haddad sera un alter ego libre de Lula : il fera tout pour remettre l’État au service du PT, à plus grande échelle encore que ne l’ont fait en douze ans ses prédécesseurs du PT Lula et Dilma ; il tentera de faire passer sous sa coupe les institutions ofcielles et civiles (justice et pouvoir judiciaire,

Congrès, ONG, médias) ; avec l’aide du parti, il s’eforcera de soumettre le pays à son projet en recourant à tous les instruments légaux et juridiques à sa disposition, ou qu’il créera ad hoc. De son côté, Bolsonaro a proposé aux Brésiliens un programme politique et économique de droite, c’est-à-dire quelque chose de totalement inédit pour des électeurs qui n’ont jamais vu que le PT et le PSDB se disputer la présidence : il entend assumer les responsabilités que confère la Constitution au président sans bafouer la séparation des pouvoirs, et libérer la société des grifes de l’État, qui aujourd’hui contrôle et s’immisce de maintes façons dans la vie sociale et économique des Brésiliens.

Aspiration réprimée. L’avancée écrasante de Bolsonaro dans les enquêtes puis dans les votes au premier tour s’explique aisément. Le dirigeant du Parti social-libéral [PSL, le parti de Bolsonaro] a répondu à l’aspiration réprimée d’une partie de la société brésilienne à une candidature de droite qui coche toutes les cases : paraître et être vraiment honnête, courageux et ferme, et défendre un programme politique fondé sur la lutte contre la criminalité, la protection du droit à l’autodéfense, le respect de la propriété privée, le libéralisme économique (à l’intérieur comme à l’extérieur du pays), la simplifcation et la réduction de la fiscalité, la mise en oeuvre d’une politique nationale et étrangère fondée sur des critères techniques et non idéologiques, et la fn des sempiternels échanges de bons procédés avec le Congrès [qui repose sur le jeu des alliances entre les partis]. C’est cette frange importante de la société brésilienne, désireuse d’être représentée par un candidat qui partage les mêmes ambitions politiques, économiques et morales de droite et qui n’ait pas peur de les défendre, qui va combattre la gauche et l’establishment pour donner à Bolsonaro la victoire au second tour.Née en 1921, la “Feuille de São Paulo” a fait, au début des années 1980, une cure de jouvence ayant pour maîtres mots : objectivité, modernité, ouverture. Le quotidien est devenu le plus infuent du pays, attirant l’intérêt, entre autres, d’une jeune élite qui se bat pour la consolidation de la démocratie.

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