Après la visite éclair de Brice Hortefeux Le quartier Gare retrouve un semblant de calme

Depuis que le ministre de l’Intérieur s’est rendu, le 15 septembre, sur les lieux du « supermarché du crack », la police a fait un retour visible dans le quartier.

LE 16 SEPTEMBRE, les usagers de la gare, qui ignoraient encore les événements de la veille, ont dû se frotter les yeux. La cinquantaine
de dealers, qui tenaient le haut du pavé rue Brise-Échalas, au terminus du tramway, et sur le parvis de la gare s’étaient volatilisés. Et les rues adjacentes s’étaient elles aussi vidées des activités toxicomaniaques et alcooliques qui empoisonnaient la vie des riverains. Même les voitures toujours garées sur le parvis, interdit au stationnement, avaient fait place nette au profit des seuls véhicules de police. Avait-il suffi d’un claquement de
doigt du ministre de l’Intérieur ? C’était tout comme. « J’entends mener un combat sans merci contre les trafiquants, petits ou gros », venait de déclarer Brice Hortefeux lors d’une visite éclair dans le quartier, le 15 septembre.

Paillard veut voir le super préfet de police Il est environ 21 h, ce mardi-là,
quand le ministre arrive, entouré du plus vaste déploiement policier
que le quartier ait sans doute jamais connu. Il est sitôt apostrophé
par une vingtaine de riverains venus exprimer leur colère et leur exaspération contre les dealers et l’insécurité qui pourrissent leur quotidien. Annoncée
quelques heures plus tôt, la visite de M. Hortefeux intervient le jour même où le quotidien Le Parisien publie, dans son édition nationale, une double
page sur le « supermarché du crack » qui prospère ici depuis
l’été 2008. Venu l’accueillir avec plusieurs élus, Didier Paillard
fustigera « une opération de communication ». Car l’alerte avait été donnée « dès le mois d’octobre 2008 ». Il rappelle que « les promesses annoncées » voici un an par sa prédécesseur Michèle Alliot-Marie « n’ont été suivies
d’aucun acte ». Et à Michel Gaudin, nouveau super préfet de police du Grand Paris de la sécurité, qui accompagne le ministre, M. Paillard renouvelle sa
demande d’une audience dans « les tout prochains jours » « avec
une délégation d’habitants ».

Trois annonces ministérielles La visite prendra fin une heure et demie plus tard dans la gare, par l’annonce de trois mesures. L’une concerne le poste de police de la gare. À partir du début octobre, il devrait fonctionner
vingt-quatre heures sur quatrevingt- quatre, sept jours sur sept, avec le renfort de 50 policiers. Et d’ici la fin de l’année, la vidéosurveillance prochainement
étendue par la SNCF sur le parvis de la gare, par la pose de 14 caméras, devrait être renforcée par 50 caméras supplémentaires installées aux alentours. M. Hortefeux « a pris la mesure de nos attentes », se félicite l’une
des rares habitantes qui aient pu dialoguer avec le ministre. Très investie dans ce quartier où elle vit depuis quinze ans, elle requiert l’anonymat. « J’ai été menacée par des dealers. » Selon elle, « la vidéoprotection doit être étendue
aux rues adjacentes. Sinon, les toxicomanes vont continuer à rentrer
dans les copropriétés. Il faut mettre en oeuvre les déclarations de Sarkozy en mai dernier quand il disait qu’aucune rue, aucune cave, ne doit être abandonnée aux voyous. Ce que j’ai oublié de dire au ministre, c’est que ces gros dealers que je vois avec des super bagnoles,doivent être frappés au
porte-monnaie. Ces signes de richesse doivent être détectés par le
fisc. Ce n’est pas à nous de partir de ce quartier ! » Autre habitante rencontrée par M. Hortefeux, Monica Costa n’a pas apprécié la méthode. « Une centaine de policiers déployés d’un coup pour un seul homme,
quand le quartier a eu tant de difficultés à en avoir ! » Et le résultat
lui apparaît discutable. « C’est comme une fourmilière qui a été éclatée. Les dealers se sont dispersés dans la ville (1). Et les toxicos les suivent, les pauvres malheureux. » Elle avoue pourtant que ces « zombies » inspirent la peur. Et craint une contagion du trafic sur « des gamins qui peuvent être utilisés par les dealers » contre un billet. Pour autant, « je ne comprends
pas que des gens puissent se dire en sécurité avec des caméras. Ce qui me gêne, c’est la récupération politique. C’est d’abord d’un quartier qu’on ne
doit pas laisser dépérir. »

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