L’art public participe à l’aménagement dynamique de l’espace public

L’art public participe à l’aménagement dynamique de l’espace public (Chouquer, 2007). La présence d’une œuvre peut être toutefois dérangeante, controversée et mal discernée. Ce qui porte à croire que, peu importe le mode d’expression d’une œuvre d’art « public », l’artiste doit rencontrer les différentes contraintes entourant sa pratique, peu importe la nature de l’oeuvre. (Becker 1982, Négrier 2007, Sandle 2009, etc.). Pour se conformer selon les règlements en vigueur, l’artiste doit se soumettre aux agréments des autorités. On légitimise les pratiques selon les modèles politiques applicables et on contrôle ainsi l’art recevable dans
l’espace public. Dans le cas d’une intervention non soutenue dans la rue, comme le dit Cohen (2005), elle fait peur aux élus puisqu’elle est incontrôlable. Quoi qu’il en soit de la nature d’une œuvre, on s’aperçoit que certaines représentations validées par les mandataires responsables apparaissent ludiques ou fantasmagoriques dans des manifestations de plus en plus événementielles ou spectaculaires. Ce qui porte à croire comme Cohen (2005) et Ruby (2001) que certaines représentations de l’art dans l’espace public ont une fonction d’« amusement public ».

De nombreux ouvrages recensés par Sandle (2009) nous donnent un aperçu des enjeux politiques actuels :

– certains travaux d’art public sont posés brutalement même si une volonté vers un travail de collaborations entre artistes, architectes, planificateurs et designers a déjà été encouragée (Minton, 2008) ;

– les contributions récentes en art public sont de plus en plus politique et conductrice d’un plan stratégique (Belfiore et Bennett, 2008) ;

– l’expansion de l’art public dénote un nombre croissant de politiques. Ces méthodesmises sur le rôle d’étiquette, de promotion et de signification des villes, des centres et des régions (Sharpe et al. 2005) ;

– les politiques sont devenues un « agenda » de plus en plus instrumental dans un positionnement complexe des arts et de la culture (Robertson, 2001, Holden, 2004, Hall et Hearfield, 2005, Bell, O’Connor et al., 2007, Selwood, 2002, 2007) ;

– l’utilisation de fonds publics ajoute un pouvoir politique à une instrumentalisation croissante de l’art (Reeves, 2002) ;

– le potentiel de design se réduit à un rôle politique qui se limite à un résultat équivalent à mettre «the lipstick on the gorilla» («rouge à lèvres sur le gorille») (Newton, 2001, Dales (CABE), 2008).

Ces constats révèlent que les instances en art public prêtent à l’art un rôle cosmétique plutôt qu’artistique. Des études menées en Europe par Julier (2005) et aux États-Unis par Lee Fleming (2007) démontrent également que l’art public est utilisé dans une « logique d’équipement » et au service de « slogan marketing ». Donc, nous croyons qu’à Montréal, l’art public est soumis aux mêmes difficultés. Nous croyons que les enjeux actuels de l’art se résument généralement à embellir et décorer la ville. Montréal s’inscrit dans une approche qui instrumentalise l’art par une image de marque. L’indice qui nous permet d’y croire se retrouve dans son plan d’action en art public, lorsque la ville dit qu’elle veut se mettre au diapason avec des villes comme Philadelphie et Seattle afin d’être compétitive dans son développement culturel et touristique (p.8). Sur le plan urbanistique, cela implique à « rehausser la qualité de l’aménagement du domaine public » en augmentant le nombre d’œuvres d’art public (p.9). Du point de vue de la valorisation de son patrimoine, « La Politique du patrimoine, adoptée en mai 2005, recommande que la Ville témoigne de pratiques exemplaires, comme propriétaire et gestionnaire, afin de jouer un rôle de leader en matière de patrimoine. » (p.10). Sa projection du développement culturel mise « sur l’art public comme atout d’une métropole culturelle qui valorise la culture, autant au quotidien que dans une perspective de rayonnement international » (p.10). Ces indices portent à croire que l’art public à Montréal n’est rien d’autre qu’un « instrument politique » (Ruby, 2001).

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