Les émotions au coeur de l’apprentissage

Une théorie largement répandue considère que l’apprentissage consiste à inhiber ses émotions. Mais ne serait-ce pas plutôt au contraire les émotions qui régulent l’apprentissage ?

Les défis de la science. Comment les émotions influencent-elles l’acquisition de nos compétences ? Un débat agite la communauté des sciences cognitives à ce propos. Une première théorie dite du cerveau « tri-unique » a été proposée dans les années 1970 par le neurobiologiste américain Paul MacLean.

Elle suppose que le cerveau est organisé en trois couches héritées de l’évolution : au-dessous, le cerveau reptilien (le thalamus et une partie des ganglions de la base), qui gère des comportements instinctifs ; au milieu, le système limbique (l’autre ­partie des ganglions de la base et les amygdales), qui traite la motivation et les émotions conduisant à des comportements alimentaires, reproductifs et ­parentaux ; et enfin, au-dessus, le néocortex qui produit des opérations cognitives abstraites (planification, langage).

Processus d’inhibition
Elle postule que chaque système inhibe celui du dessous. Ainsi le système limbique entraînerait des réactions primaires fondées sur les émotions (plaisir, souffrance, peur), lesquelles seraient inhibées par le néocortex qui produirait des comportements plus élaborés. Selon cette théorie, l’acquisition d’une compétence se ferait en deux temps (apprentissage, puis expertise) contrôlés chacun par deux structures séparées : le système limbique, puis le néocortex, qui inhiberait le limbique. Et les troubles psychiatriques seraient dus à des défauts de ces processus d’inhibition.

Par exemple, ce serait parce qu’un ­patient n’arrive pas à contrôler ses émotions avec son système cognitif qu’il ­développerait des pathologies comme les troubles anxieux, les tocs (troubles ­obsessionnels compulsifs) ou les addictions. La théorie tri-unique a été largement diffusée en raison de son adéquation élégante entre structures cérébrales et fonctions ainsi que de quelques similitudes avec la théorie psychanalytique de Freud. Elle influence toujours fortement la psychologie et les sciences cognitives, avec l’idée…

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