Les producteurs laitiers en ont assez de faire des concessions dans les négociations commerciales

Réunis mercredi à Ottawa, des producteurs laitiers de partout au Canada ont uni leur voix pour demander au gouvernement Trudeau de ne pas permettre l’ouverture de nouvelles brèches dans la gestion de l’offre dans le cadre de la renégociation de l’ALENA.

Inquiets à la suite de rumeurs voulant qu’Ottawa soit prêt à faire des compromis pour faire débloquer les négociations qui stagnent depuis des mois avec l’administration américaine, les producteurs laitiers ont tenu à rappeler au gouvernement Trudeau sa promesse de protéger la gestion de l’offre face aux demandes américaines quoi qu’il arrive.

« M. Trudeau a bien dit « sans impact négatif ». S’il y a des concessions, il y a des impacts négatifs. Moi je le prends au mot et lorsqu’il nous dit « sans impact négatif », c’est parce qu’il ne fera pas de concession », a déclaré le président des producteurs laitiers du Québec, Bruno Letendre.

Or, des concessions, les producteurs laitiers du Canada ont dû en faire chaque fois lors de la signature de récents accords commerciaux par Ottawa.

Ils ont en effet dû céder 3 % de leur marché à des producteurs étrangers dans le cadre du Partenariat transpacifique et 1,5 % de plus en vertu du traité de libre-échange avec l’Europe.

Ces compromis du gouvernement Trudeau ont entraîné des pertes qu’ils évaluent à 250 millions de dollars par an, soit l’équivalent de tout le lait produit en une année au Manitoba.

Ces reculs passés dans la gestion de l’offre ne nuisent pas seulement qu’aux producteurs laitiers canadiens, prévient Pierre Lampron, les concessionnaires d’équipements agricoles, les fabricants d’aliments pour animaux, les vétérinaires, les camionneurs et les transformateurs, en font aussi les frais, a-t-il rappelé aux côtés de ses confrères en provenance de toutes les provinces du pays.

« Les producteurs laitiers et leur famille, de même que les travailleurs des fermes et des usines de transformation de produits laitiers vivent actuellement beaucoup de stress », a ajouté Pierre Lampron.

Plus de 220 000 hommes et femmes travaillent dans l’industrie laitière canadienne.

La production de lait contribue à plus de 19 milliards de dollars annuellement au PIB du Canada et génère 3,8 milliards de dollars en revenus fiscaux, rappellent les producteurs. Ils redoutent un dumping de produits laitiers américains sur le marché canadien, si Ottawa concède une nouvelle part de leur marché dans le cadre de l’ALENA.

Contrairement aux producteurs américains qui doivent composer avec d’importants problèmes de surproduction en raison notamment des subventions injectées chaque année dans leur industrie et de la diminution de la consommation de lait, au Canada, la production laitière est protégée et étroitement gérée en fonction des besoins du marché pour éviter le gaspillage, soutenir les prix et permettre aux fermiers d’ici de vivre de leur production.

Aux prises avec d’énormes quantités de lait que leurs producteurs doivent détruire faute de marché pour l’écouler, les lobbys et les politiciens américains réclament depuis des années l’ouverture du marché canadien pour y vendre leurs produits.

Or, même si le Canada ouvrait son marché aux produits laitiers américains, soulignent les agriculteurs canadiens, la surproduction laitière américaine est telle que les gains seraient pratiquement inexistants pour eux.

« L’idée colportée par les politiciens américains voulant que l’ouverture du marché canadien soit la solution à leurs surplus de production n’est pas réaliste, souligne Tom Kootstra, producteur laitier de l’Alberta.

Pour les producteurs laitiers d’ici, le marché canadien est de toute façon déjà ouvert aux producteurs américains qui exportent déjà chez nous cinq fois plus de produits laitiers qu’eux n’en exportent aux États-Unis, souligne pour sa part le représentant des producteurs laitiers ontariens, Ralph Dietrich.

« Quand j’écoute les producteurs laitiers américains à la télévision, ils expliquent que les problèmes qu’ils vivent sont dus à leur propre surproduction et non pas au système de gestion de l’offre canadien. […] Ils ne blâment pas notre système, ils l’envient. », assure M. Dietrich.

Alors que les négociations de l’ALENA reprenaient en matinée mercredi à Washington, le premier ministre Justin Trudeau a tenu une fois de plus à calmer le jeu et à rassurer les agriculteurs laitiers en réitérant à l’entrée du caucus de son parti que son gouvernement « va continuer de défendre la gestion de l’offre ».

Reconnaissant qu’il « reste encore du travail à faire », le premier ministre s’est dit malgré tout sûr que la conclusion « d’un bon accord pour tout le monde » soit toujours possible.

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